Plateformes de voyance : une indépendance sous contrôle ?

Il est 22 h 30.

Une voyante termine sa dernière consultation. Depuis des années, elle travaille avec sérieux : elle répond aux appels, accompagne ses consultants, récolte des avis positifs et contribue, mois après mois, au développement de la plateforme qui l’héberge.

Comme beaucoup de professionnels des arts divinatoires, elle a accepté les règles du jeu numérique propres à la voyance en ligne : disponibilité le soir, les week‑ends, parfois les jours fériés. Consultation après consultation, elle a bâti sa réputation, fidélisé sa clientèle et développé une activité dont elle pouvait légitimement être fière.

Puis un jour, tout bascule.

Les appels diminuent.
Les demandes se raréfient.
Les revenus chutent.
Son profil, autrefois visible, disparaît des premières positions.

Elle cherche une explication.
Elle n’en obtient aucune.

Cette situation n’a rien d’isolé. Elle est devenue suffisamment fréquente pour interroger la réalité du statut d’indépendant et la nature des relations entre praticiens et plateformes numériques.

Une indépendance théorique, une dépendance réelle

Officiellement, les praticiens sont indépendants.
Ils exercent en auto‑entrepreneur.
Ils ne sont pas salariés.
Ils sont libres.

Du moins, en apparence.

Car lorsque l’essentiel de l’activité dépend d’une seule plateforme, lorsque celle‑ci contrôle la visibilité, l’accès à la clientèle, le référencement et parfois même la continuité de l’activité, que reste‑t‑il réellement de cette indépendance ?

La question dérange, car elle touche au cœur du modèle économique de nombreuses plateformes.

Lire aussi : Plateformes et auto-entrepreneurs : pour y voir plus clair

Des témoignages qui se ressemblent

Depuis plusieurs années, les retours des praticiens convergent :

baisse soudaine de visibilité sans explication
• déréférencement partiel ou total sans échange préalable
• pressions sur la disponibilité, le taux de réponse ou la participation à des opérations commerciales
• systèmes de mise en avant payante créant une concurrence artificielle entre professionnels

Chaque plateforme possède ses spécificités, mais une réalité demeure :
plus une plateforme concentre la clientèle, plus elle exerce un pouvoir déterminant sur ceux qui y travaillent.

Un pouvoir économique.
Un pouvoir commercial.
Un pouvoir qui peut décider de l’avenir d’une activité construite parfois sur des années.

Le paradoxe des plateformes : simples intermédiaires ou donneurs d’ordre ?

D’un côté, les plateformes revendiquent le statut de simples outils techniques.
De l’autre, elles disposent d’un pouvoir qui dépasse largement celui d’un intermédiaire.

Elles décident :

• qui est visible
• qui ne l’est plus
• qui apparaît en première page
• qui disparaît des écrans
• qui continue à travailler
• qui cesse brutalement de recevoir des consultations

Ces décisions ont des conséquences directes sur la vie des professionnels.

Derrière chaque profil, il y a une femme ou un homme qui a investi du temps, de l’énergie et souvent plusieurs années pour construire une clientèle fidèle.
Cette valeur ne vient pas des algorithmes : elle vient du professionnalisme des praticiens.

Sans eux, aucune consultation.
Sans eux, aucune fidélisation.
Sans eux, aucune plateforme ne prospère.

Le numérique : un progrès, mais pas au détriment des droits

Personne ne conteste l’apport du numérique dans la modernisation des arts divinatoires.
Les plateformes ont rendu le secteur plus accessible et plus visible.

Mais aucune innovation ne doit permettre d’effacer les droits fondamentaux de celles et ceux qui créent la richesse de ces entreprises.

Les témoignages se multiplient.
Les interrogations aussi.

La position de l’INAD et du SPPAD : agir, enfin

Face à cette situation, l’Institut National des Arts Divinatoires (INAD) et le Syndicat Professionnel des Praticiens des Arts Divinatoires (SPPAD) ont décidé de ne plus rester spectateurs.

Parce que :

l’indépendance ne doit jamais devenir un prétexte à la précarité
• les plateformes ne peuvent cumuler les avantages d’un donneur d’ordre sans en assumer les responsabilités
• les praticiens ont droit à des garanties, à la transparence et au respect de leurs droits

L’INAD et le SPPAD ont formulé plusieurs propositions pour mieux encadrer les relations entre plateformes et professionnels.
Ces propositions ont été transmises au ministère du Travail dans le cadre d’une réflexion nationale sur l’évolution du travail indépendant à l’ère numérique.

Un enjeu qui dépasse les praticiens

Ce combat concerne également :

les consommateurs, qui doivent bénéficier de transparence et d’équité
la profession, dont l’avenir dépend d’un cadre clair et équilibré
la société, qui ne peut accepter qu’un algorithme décide seul de la survie économique d’un professionnel

Derrière chaque consultation, il y a une personne, une famille, des revenus, parfois toute une vie de travail.

Aucun algorithme ne devrait avoir le pouvoir d’effacer cela sans responsabilité.

Conclusion : protéger les professionnels, préserver l’avenir

L’action engagée par l’INAD et le SPPAD vise un objectif simple :
garantir un cadre juste, transparent et respectueux pour tous les praticiens des arts divinatoires travaillant via des plateformes numériques.

Parce que l’avenir de la profession ne peut dépendre d’une visibilité aléatoire.
Parce que la dignité professionnelle ne se négocie pas.
Parce que les praticiens méritent mieux qu’une indépendance de façade.

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